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La douloureuse de la piqûre
Un peu moins de 3 millions de personnes avaient été vaccinées contre la grippe A en fin de semaine dernière. Français, encore un effort : il ne reste que 91 millions de doses à écouler. Le ministère de la Santé claironne que 30 millions d'épaules auront reçu le précieux sérum d'ici deux mois. Mais, au rythme actuel, il en faudrait plutôt dix pour boucler cet ambitieux planning. Va falloir chasser le volontaire et faire chauffer l'alcool.
Suite probable du palpitant feuilleton sur la gestion de cette crise par le tandem Hortefeux-Bachelot, le coût exorbitant de cette vaste entreprise ne devrait pas tarder à s'inviter dans le débat. François Autain, sénateur de gauche et médecin, a ouvert le feu, le 10 décembre, dans une question écrite à la ministre de la Santé. Le moins qu'on puisse dire, selon lui, est qu'il existe un certain décalage dans la gestion de la crise entre ici et l'étranger.
Primo, l'élu s'étonne que le nombre de doses achetées par le ministère de la Santé soit trois fois supérieur au nombre de gens à piquer. Les Britanniques font face au virus avec seulement 26 millions de doses. Pour leurs 82 millions d'habitants, nos voisins germains en ont acquis 50. Les Etats-Unis ont commandé de quoi protéger environ 30 % de leurs citoyens. Tous des irresponsables ?
Deuzio, le sénateur Autain souligne que le marché - la bagatelle de 712 millions d'euros - a été passé dans des « conditions financières très défavorables pour la France ». La pauvre Roselyne Bachelot, qui connaît bien le petit monde de l'industrie pharmaceutique pour y avoir servi pendant dix ans, avait certes eu quelques velléités de négociation avec les labos. Mais Sarko lui a fait savoir qu'il fallait signer tout de suite et sans discuter. Le principe de précaution, élevé en France au rang de religion d'Etat, commandait de ne pas s'encombrer de précautions financières...
Perfide Albion
Résultat : comme « Le Canard » l'a raconté (7/10), chaque labo a fixé son prix, qui varie de 6,25 à 10 euros. Ce qui met, en moyenne, la dose à 7,57 euros. Et les autres pays ? La comparaison n'est pas à l'avantage de nos brillants technocrates. Les Anglais ont ainsi obtenu de la payer 6,50 euros. Soit 1 euro de moins par inoculé. Et, rapporté à notre magnifique stock, 94 millions d'euros de plus à la charge des Français.
Faut-il rappeler - c'est une loi universelle du commerce - que plus on achète en quantité, mieux on négocie ? Le gouvernement de Sa Majesté, avec sa minable commande, quatre fois inférieure à la nôtre, aurait dû se retrouver avec un prix moins avantageux à l'unité. Mieux, les perfides british sont même parvenus à obtenir qu'on aligne le prix du vaccin contre le H1N1 sur celui de la grippe saisonnière.
De quoi devenir piqué !
Brigitte Rossigneux
Tamiflu ou Tamibluff ?
LA France a-t-elle acheté et stocké 33 millions de doses d'un médicament dont l'efficacité n'est pas prouvée ? La question est posée avec une nouvelle acuité depuis que le « British Medical Journal », l'une des revues scientifiques les plus respectées, a publié un article au vitriol sur cet antiviral considéré comme la principale arme, pour ne pas dire la seule, contre l'infernal H1N1. Les auteurs de cet article ont voulu passer au crible toutes les études dont le fabricant du Tamiflu, le laboratoire Roche, se prévaut pour vanter son produit. Surprise : Roche a refusé de jouer le jeu et n'a fourni les données scientifiques que de deux études cliniques sur les dix qu'il a financées.
Première question gênante : que cachent les huit autres ?
Les deux qui ont été livrées à l'analyse critique du « British Medical Journal » tendent à prouver que le Tamiflu ne réduit que très modestement les symptômes de la grippe. Il n'aurait d'effets mesurables ni sur les complications ni sur le nombre d'hospitalisations et de décès. Ce qui tend à confirmer les conclusions de la Haute Autorité de santé française, qui avait considéré, en 2007, que le Tamiflu avait une efficacité trop faible pour justifier un remboursement par la Sécu.
Cela tombe mal, au moment où le gouvernement vient de donner pour consigne aux médecins de prescrire du Tamiflu pour tous les cas suspects de grippe. Ce médicament, dont les stocks, avec les autres antiviraux, ont coûté 1,5 milliard, sera distribué gratuitement.
S'il est inefficace, c'est un prix honnête...
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