Abus de lois sur la diffamation
le musellement des experts de la santé en France.

10 novembre 2010
Traduit par M. Raybaud http://blogs.bmj.com/tc/

Le succès de la lutte contre le tabac n'aboutira pas sans que les responsables de santé puissent parler librement et honnêtement au public.
Le professeur Gérard Dubois explique qu'il y a un vrai risque de censure.

Comme cela se passe au Royaume Uni, la France commence à expérimenter l'usage abusif des lois sur la diffamation. En 2009, en tant que professeur de la santé public à l'hôpital universitaire, j'ai déclaré à la télévision française que les cigarettes tuent deux fumeurs chaque année pour chacun des débits de tabac. En conséquence je suis attaqué en justice par l'union française des débitants de tabacs. Ironiquement c'est en juin 2009 que j'ai reçu une distinction "Connaissance pour le monde" (Knowledge for the World) de l'association des étudiants de Johns Hopkins pour cette même affirmation.

Je préside également l'alliance pour la prévention de l'alcool", une association établie en juin 2010 pour fédérer les organisations qui s'opposent à des politiques inconsistantes et dangereuses. C'est en effet un véritable problème en France. Par exemple, en juin 2009 le gouvernement à mis en place de nouvelles lois pour "améliorer" le système de santé français mais à également autorisé" la publicité pour l'alcool sur internet - le média préféré des jeunes gens. Ce qui annule quasiment la "loi Evin", qui interdit ou limite depuis 1991 la publicité pour l'alcool dans les médias traditionnels et durant les événements sportifs.

Depuis 2006, le Docteur Alain Braillon a été un médecin spécialiste de mon unité à Amiens jusqu'a son renvoi surprise en décembre 2009 de sa position de directeur régional de l'évaluation des pratiques professionnels par quelques membres du conseil de l'hôpital lors d'un vote non prévu par l'agenda. Reconnu comme un expert de haut niveau sur la santé publique, il a été en charge de différents programmes régionaux tels que la prévention de l'hépatite B, l'arrêt du tabac chez les femmes enceintes ou la prévention du suicide qui se sont tous terminés brutalement sur décision du directeur de l'administration régional de la santé. Braillon a également pris de forte position sur de nombreux problèmes de santé publique, pas uniquement la loi autorisant la publicité pour l'alcool sur internet mais aussi la pratique controversé du dépistage du cancer de la prostate. Le directeur de la société française de santé publique a indiqué "qu'il s'agit du premier cas de renvoi d'un expert de la santé dont j'ai connaissance".

Le ministère de la santé a investigué le cas du docteur Braillon confirmé son renvoi. Ceci malgré plusieurs manquements à la liberté d'expression et sans que moi même ou Braillon ne fussent écoutés. Et bien que la majorité des membres de son organe consultatif se soit prononcée contre cette décision, le centre national de gestion du ministère à passé outre cet avis. Des revirements tout à fait inhabituels - la coïncidence est exceptionnelle !

En début d'année la ministre Roselyne Bachelot à déclaré qu'elle était choquée de la décision de British American Tobaco de réduire le prix d'un paquet de cigarette en France de 5.50 euros à 5.30 euros pour deux de ses marques, Rothmans et Lucky Strike. Son appel à augmenté les taxes pour éloigner les jeunes du tabac fut ignoré. L'Elysée supporte de façon continue les industries du tabac, de l'alcool et du jeux mais ignore les meilleurs preuves permettant de réduire le fardeau du cout de la santé sur les citoyens.

[Retour à la page précédente]