

Doublement des IVG d'adolescentes en 20 ans
Que faire ?
Auteur : Dr Brigitte [Source] (medscape.fr)
Février 2012
La France connaît au moins deux paradoxes : les femmes disposent d'une palette d'outils contraceptifs extrêmement large et recourent pourtant massivement à l'IVG. « Le second concerne plus particulièrement les jeunes filles pour lesquelles l'IVG est gratuite et anonyme, ainsi que la pilule du lendemain, souligne le Pr Israel Nisand, responsable du Pôle de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Strasbourg, alors que la contraception, hors les centres de planning familial, est payante et passe par l'autorisation parentale ».
Le Pr Nisand vient de remettre un rapport sur la contraception et l'avortement des mineures en France, mandaté par Madame Jeannette Bougrab, Secrétaire d'état chargée de la jeunesse et de la vie associative. Ce rapport est publié aux éditions Odile Jacob. .
Mère à 15 ans, un projet de vie avorté ?
Les chiffres sont éloquents et justifient que la Secrétaire d'état se soit emparée du sujet : le nombre d'IVG adolescentes a doublé en 20 ans. Presque 12 000 jeunes filles de 15 à 17 ans ont subi une IVG en 2009, 17 000 pour les 17-19 ans. « On dénombre ainsi 90 000 IVG chez les moins de 25 ans dont 60 000 pourraient être évitées, constate le Pr Nisand. Et il ajoute : c'est bien de pouvoir disposer de l'IVG, mais terminer sa première histoire d'amour par une interruption de grossesse, c'est dur ! ».
Autre tendance inquiétante, l'idéalisation des filles-mères. Chanson, héroïnes de séries télévisées, films, mettent en lumière des jeunes filles heureuses d'être mères très jeunes. Or, ces grossesses précoces, en plus d'être un facteur de risque de mortalité pour la jeune mère, comblent souvent un manque affectif qui les rend vulnérables. « La maternité les fragilise encore ce qui les empêche de poursuivre la vie "normale" de leur âge, souligne Jeannette Bougrab (Secrétaire d'état chargée de la jeunesse et de la vie associative.) les études, l'insouciance, un projet de vie, etc. Un gros tiers d'entre elles auront un autre enfant dans les deux ans… ».
Par ailleurs, la contraception au quotidien, qui n'est délivrée ni anonymement ni gratuitement sauf dans les plannings familiaux, est difficilement accessible pour les mineures : 80 % d'entre elles habitent à plus de 100 kms d'un centre de planning.
Enfin, l'adolescence est l'âge des interrogations, des expérimentations et des transgressions, ce qui est normal. Parler de sa vie intime avec ses parents n'est pas toujours facile et les enfants pour trouver les réponses à leurs questions surfent sur Internet. Ils y rencontrent la pornographie (80 % des garçons de 14 à 18 ans et 45 % des filles du même âge ont vu un film porno dans l'année écoulée), où la sexualité se résume à une succession d'érections et de pénétrations, images avilissantes de la femme à l'appui. Une entrée en matière inadéquate.
18 mesures pragmatiques
Les trois auteurs du rapport font 18 propositions pour que la sexualité des adolescents ne soit plus un sujet tabou. Ils prônent notamment la création de réseaux locaux, sous un intitulé unique pour plus de visibilité, pluridisciplinaires (sage-femme, infirmière, pharmacien directeur d'école, etc.) où les adolescents puissent rencontrer une personne de confiance pour y parler de la vie, des relations, des émotions, de sexualité et de contraception, un temps autre que celui de la consultation médicale.
Les médecins et pharmaciens se faisant rembourser de leurs prestations directement par l'Assurance maladie.
Une très bonne idée, suggérée par le Pr Nisand, et pour laquelle il a déjà obtenu l'accord de certains industriels, le "forfait contraception pour mineures" qui permettra de mettre à disposition des plus jeunes (et des 18 à 25 ans sous condition de ressources) les contraceptions les plus adaptées. Certaines pilules ou encore l'anneau, par exemple, ne figurant pas au tableau des produits pharmaceutiques remboursés, seraient, s'ils sont considérés comme le moyen le plus adapté, vendus à prix coûtant à l'Etat, soit 7€ par mois. Le préservatif étant inclus dans le lot.
« Un échange gagnant-gagnant, pour les fabricants de contraceptifs comme pour les jeunes filles, observe le Pr Nisand, puisque celles-ci, si elles sont satisfaites du produit, s'en serviront encore une fois le temps du forfait dépassé »
« Nul besoin de lois supplémentaires pour faire appliquer ces propositions, estime Madame Bougrab. Nous devons nous appuyer sur celles qui existent, comme celle sur l'information à la sexualité en milieu scolaire*. Je souhaite ainsi l'instauration d'une grille progressive d'enseignement à la sexualité tout au long de la scolarité, pour un apprivoisement du sujet qui devrait aider parents et enfants à aborder ensemble ces sujets, avec naturel ».
*L'article 22 de la loi nº 2001-588 du code de l'éducation du 4/01/01, les circulaires d'application de cette loi et l'article L312-16 du code de l'éducation prévoient qu'« une information et une éducation à la sexualité [soient] dispensées dans les écoles, collèges et lycées à raison d'au moins trois séances par groupes d'âge homogène».
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